01/22/10 Fâner sur les grands boulevards
De la jolie plume de Mario Proth, critique romantique, un article passionné, et truffé d'anecdotes vachardes, sur l'ambiance, fin XIX, des boulevards parisiens (les boulevards sont construits sur les remparts par définition, au-delà c'est la cambrousse), mais pas que.
Parmi les crimes sans nombre de cette bande sinistre dont l'invasion vulgairement connue sous le nom de Second Empire demeurera pour la France une si terrible et salutaire leçon, un des plus irréparables est la défiguration de Paris par ce maçon en délire, M. Haussmann. Que voulez-vous ? Ces gens-là s'imaginaient effacer l'histoire. Démolissant le passé, ils croyaient élever leur grotesque présent à la hauteur d'un avenir. Parmi les démolitions où ils s'acharnèrent, une des plus bêtes et des plus irritantes fut celle du boulevard du Temple.
Le boulevard du Temple ! qui ne sait ce que ces trois mots évoquent ? Il n'est pas dans Paris un Parisien quelconque, il n'est pas en province ni à l'étranger un être d'intelligence et de sentiment, visiteur de Paris en ses jeunes années, à qui le boulevard du Temple n'ait laissé un charmant et profond souvenir.
(...)
Sur la place où fut le boulevard du Temple, qu'a fait l'empire ? Ce qu'il pouvait faire. Une hideur, une platitude à son image. Là où il y avait la vie vraie, abondante, féconde, il a installé la mort décorative et stérile. Là où il y avait la nation, il a créé le désert. Au nord de cet immense Sahara, condamné à tous les dangers du jour, à tous les hasards de la nuit, comme à toutes les intempéries des saisons extrêmes, qu'est-ce que ces deux immenses forteresses ? Là le militaire caserné*, là le civil parqué, c'est bien ainsi que ces sycophantes, faux amis du peuple et souteneurs quand même de la bourgeoisie avec laquelle ils n'eurent jamais d'autre querelle que celle du pâle voyou des barrières avec sa fille marchande ; c'est bien ainsi qu'ils entendaient façonner la société moderne.
*la caserne de la garde républicaine à château-d'eau
Parmi les crimes sans nombre de cette bande sinistre dont l'invasion vulgairement connue sous le nom de Second Empire demeurera pour la France une si terrible et salutaire leçon, un des plus irréparables est la défiguration de Paris par ce maçon en délire, M. Haussmann. Que voulez-vous ? Ces gens-là s'imaginaient effacer l'histoire. Démolissant le passé, ils croyaient élever leur grotesque présent à la hauteur d'un avenir. Parmi les démolitions où ils s'acharnèrent, une des plus bêtes et des plus irritantes fut celle du boulevard du Temple.
Le boulevard du Temple ! qui ne sait ce que ces trois mots évoquent ? Il n'est pas dans Paris un Parisien quelconque, il n'est pas en province ni à l'étranger un être d'intelligence et de sentiment, visiteur de Paris en ses jeunes années, à qui le boulevard du Temple n'ait laissé un charmant et profond souvenir.
boulevard du Temple, en 1862 par Martial POTEMONT
(...)
Sur la place où fut le boulevard du Temple, qu'a fait l'empire ? Ce qu'il pouvait faire. Une hideur, une platitude à son image. Là où il y avait la vie vraie, abondante, féconde, il a installé la mort décorative et stérile. Là où il y avait la nation, il a créé le désert. Au nord de cet immense Sahara, condamné à tous les dangers du jour, à tous les hasards de la nuit, comme à toutes les intempéries des saisons extrêmes, qu'est-ce que ces deux immenses forteresses ? Là le militaire caserné*, là le civil parqué, c'est bien ainsi que ces sycophantes, faux amis du peuple et souteneurs quand même de la bourgeoisie avec laquelle ils n'eurent jamais d'autre querelle que celle du pâle voyou des barrières avec sa fille marchande ; c'est bien ainsi qu'ils entendaient façonner la société moderne.
*la caserne de la garde républicaine à château-d'eau
Y en a qui bossent
Un Paris, des paris. Paris d'Inuit comme dans c'est beau une ville, l'inuit. ExileE sur un nouveau condiment. Avec ou sans metro.